La société civile de Luena, dans le Haut-Lomami, alerte sur le vol de câbles électriques appartenant au réseau de la Société nationale des chemins de fer du Congo. Elle affirme que plus de deux cents kilomètres de caténaires en cuivre auraient disparu sur les axes Tenke-Lubudi et Mukulakulu-Kamina.
Cette estimation, rapportée le 28 septembre par Radio Okapi, provient de la société civile locale et doit encore être documentée par un inventaire technique de la SNCC. Elle révèle néanmoins un problème concret : chaque portion de câble retirée affaiblit une infrastructure qui sert à la fois au transport ferroviaire et à l’alimentation électrique de plusieurs localités.
Deux personnes ont été arrêtées le 27 septembre au poste de péage de Mukulakulu, à une douzaine de kilomètres de Luena, alors qu’elles transportaient des câbles à haute tension présentés comme appartenant au réseau ferroviaire. Leur arrestation ouvre une enquête. Elle ne permet pas, à elle seule, de leur attribuer l’ensemble des vols signalés ni de conclure sur l’existence d’un réseau organisé.
Un dommage plus large que la valeur du cuivre
Le cuivre volé possède une valeur marchande, mais le coût pour la collectivité dépasse largement son prix de revente. Une caténaire alimente les locomotives électriques. Lorsqu’elle disparaît, le trafic peut être ralenti, interrompu ou transféré vers des locomotives diesel, plus coûteuses à exploiter.
La société civile de Luena relie aussi ces vols aux difficultés d’approvisionnement en électricité de Bukama, Luena et des localités voisines. Cette relation doit être précisée par la SNCC et les opérateurs concernés, car toutes les coupures ne proviennent pas nécessairement du même incident. Mais elle montre pourquoi le dossier intéresse directement les ménages, les petits commerces et les services publics.
Un train retardé affecte le transport des voyageurs et des marchandises. Une alimentation électrique instable touche les activités économiques, la conservation des produits, les structures de santé et les communications. Le vol d’un équipement ferroviaire devient ainsi un facteur de désorganisation locale.
Les arrestations doivent conduire à la traçabilité
La réponse judiciaire ne devrait pas s’arrêter aux personnes trouvées avec les câbles. L’enquête doit établir l’origine exacte du matériel, le lieu et la date du prélèvement, les moyens de transport utilisés et la destination prévue. Le marché de revente constitue une pièce essentielle du dossier.
Les acheteurs de métaux ont un rôle central dans la traçabilité. Des contrôles ciblés peuvent vérifier les registres, les fournisseurs et la nature des matériaux reçus. Un câble industriel, une pièce ferroviaire ou un équipement public ne devrait pas entrer dans un circuit commercial sans preuve d’origine.
La SNCC peut aussi renforcer l’identification de son matériel, cartographier les zones de prélèvement et publier des données consolidées. Un chiffre global de kilomètres volés doit être accompagné de dates, de tronçons et d’un coût de remplacement. Cette transparence aiderait à distinguer les faits établis des estimations locales.
Protéger le réseau avant de le moderniser
Le débat national sur le Corridor de Lobito et la modernisation ferroviaire donne au dossier une portée supplémentaire. La RDC peut mobiliser des financements pour réhabiliter ses voies et acquérir du matériel, mais ces investissements resteront fragiles si les équipements existants ne sont pas protégés.
À court terme, la priorité consiste à sécuriser les secteurs les plus exposés, réparer les coupures et maintenir le service. À moyen terme, les autorités locales, la police, la justice, la SNCC et les communautés doivent partager un mécanisme d’alerte rapide. Les habitants sont souvent les premiers à remarquer une activité inhabituelle près de la voie, mais leur signalement doit déboucher sur une intervention réelle.
Luena n’a pas seulement besoin d’arrestations ponctuelles. Elle a besoin d’un bilan vérifiable, d’une enquête remontant jusqu’aux acheteurs et d’un plan de sécurisation du réseau. Sans cette chaîne complète, les câbles remplacés risquent de redevenir la cible du même commerce clandestin.
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