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Décryptage : le cahier des jeunes doit maintenant devenir un calendrier public

Le cahier des charges national de la jeunesse a été remis au président Félix Tshisekedi après des consultations menées dans le pays et auprès de la diaspora. Pour éviter qu’il ne rejoigne les nombreux documents sans suite visible, les réponses promises doivent maintenant être organisées, datées et suivies publiquement.

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Des étudiants congolais assistent à une rencontre consacrée à l’économie et au développement.
Étudiants lors d’une rencontre universitaire à Kinshasa en 2013, photo d’archive illustrative. Photo : MONUSCO Photos et Radio Okapi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Crédit photo : MONUSCO Photos et Radio Okapi, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons, mise au format 16:9 Source de l’image.

Le cahier des charges national de la jeunesse a été remis au président Félix Tshisekedi après des consultations menées dans le pays et auprès de la diaspora. Pour éviter qu’il ne rejoigne les nombreux documents sans suite visible, les réponses promises doivent maintenant être organisées, datées et suivies publiquement.

Une remise officielle, puis le temps des réponses

La ministre de la Jeunesse, Grâce Émie Kutino, a présenté le document au chef de l’État le 13 août. Le résumé officiel indique qu’il résulte de contributions venues des conseils provinciaux de la jeunesse, de la société civile, d’entrepreneurs, d’étudiants et de membres de la diaspora. Les thèmes cités concernent notamment l’emploi, l’entrepreneuriat, l’accès aux opportunités et la participation à la gouvernance.

Cette diversité donne au cahier une portée nationale. Elle pose aussi une question simple : comment chaque proposition sera-t-elle traitée ? Un document qui rassemble beaucoup d’attentes ne peut pas recevoir une réponse unique. Certaines demandes relèvent de la formation, d’autres du financement, de l’administration, de la fiscalité ou de la représentation politique. Plusieurs ministères et niveaux de pouvoir devront donc être associés.

Le texte complet, la liste détaillée des priorités et la méthode de classement des contributions n’étaient pas accessibles dans la communication officielle consultée. Il serait imprudent d’attribuer aux jeunes des revendications précises qui n’ont pas été publiées. Cette limite renforce la nécessité d’une restitution claire.

Publier ce qui peut l’être

Une réponse concrète ne coûte presque rien : rendre disponible une version consultable du cahier, accompagnée d’une synthèse en langage simple. Les jeunes qui ont participé doivent pouvoir retrouver leurs préoccupations, comprendre les arbitrages et voir si certaines propositions ont été regroupées ou écartées.

La publication devrait aussi expliquer qui a été consulté, dans quelles provinces et avec quelle participation. Ce n’est pas une formalité. Une consultation nationale peut facilement surreprésenter les jeunes urbains, diplômés et connectés. Les personnes déplacées, les jeunes ruraux, les apprentis, les personnes handicapées et ceux qui vivent dans les zones affectées par les conflits rencontrent des obstacles différents. Savoir qui a pu parler aide à repérer les voix restées en marge.

Un mécanisme de suivi pourrait ensuite classer les demandes en trois groupes : les mesures immédiatement administratives, celles qui nécessitent un financement et celles qui demandent une réforme de fond. Pour chaque groupe, un ministère responsable et une échéance publique éviteraient que tout le cahier soit renvoyé à une promesse générale.

Relier les attentes aux programmes existants

La RDC ne part pas de zéro. Un programme régional de compétences et d’emplois dont l’entrée en vigueur était prévue le 1er septembre vise, pour sa composante congolaise, à toucher un million de jeunes par des actions de formation. Il vise également la certification de 120 000 jeunes vulnérables ou sans emploi, l’accompagnement de 8 000 entrepreneurs et apprentis ainsi que l’appui à des milliers de plans d’entreprise.

Ces chiffres sont des objectifs de projet, pas encore des résultats. Ils montrent néanmoins qu’une partie des outils existe. Le défi consiste à relier les priorités du cahier aux budgets, aux critères de sélection et aux lieux de formation. Un jeune de Kindu ou de Tshikapa doit savoir si un programme le concerne, comment candidater et à qui signaler un blocage.

Cette articulation permettrait aussi d’éviter la multiplication d’initiatives qui portent des noms différents mais financent les mêmes activités. Un tableau public pourrait indiquer, province par province, les formations ouvertes, les bénéficiaires prévus, les dépenses engagées et les taux d’insertion après quelques mois.

La participation ne s’arrête pas à la consultation

Demander l’avis des jeunes est utile, mais la participation réelle commence au moment de l’exécution. Des représentants choisis selon des règles transparentes pourraient suivre les réponses apportées, poser des questions et publier un compte rendu périodique. Ils ne devraient pas être limités aux structures proches du pouvoir ou aux seuls responsables nationaux.

Le suivi doit également laisser une place aux critiques. Si une mesure ne peut pas être financée, l’administration peut l’expliquer. Si une proposition relève d’une province, elle peut être transmise officiellement. Si elle est rejetée, les motifs doivent être connus. Une réponse négative argumentée vaut mieux qu’un silence prolongé.

Le cahier remis au Président crée donc une obligation politique, même s’il ne constitue pas à lui seul un programme gouvernemental. Sa publication, l’adoption d’un calendrier de réponses et la possibilité offerte aux jeunes de vérifier les changements réels dans leur accès à la formation, à l’emploi, au financement et à la décision publique permettront de juger la suite donnée à cette consultation.

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