La prise de fonction de Bassirou Diomaye Faye à la tête de la CEDEAO ouvre une séquence délicate pour l’Afrique de l’Ouest. Après le sommet de Freetown du 19 juillet 2026 et le communiqué du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine publié le 30 juillet, la même question revient : comment parler de sécurité, de transition politique et d’intégration régionale avec des pays du Sahel qui se sont éloignés de l’organisation ouest africaine, sans fermer la porte au dialogue ?
Un passage de relais à Freetown
À Freetown, les chefs d’État ouest africains ont choisi le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye comme président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO. Il succède au Sierra Léonais Julius Maada Bio, au terme d’un sommet présenté par l’organisation comme une étape de réflexion sur l’avenir de l’intégration régionale.
Ce choix n’est pas seulement protocolaire. Le Sénégal reste l’un des pays les plus écoutés de l’espace ouest africain, à la fois pour son poids diplomatique, son histoire institutionnelle et sa position géographique entre l’Atlantique et le Sahel. Dans le même mouvement, la CEDEAO a nommé le général sénégalais Birame Diop prochain président de la Commission, avec une entrée en fonction annoncée au 1er septembre 2026. La nouvelle équipe politique et administrative aura donc une forte empreinte sénégalaise.
Le sommet a aussi mis en avant un langage de relance : intégration économique, transformation numérique, emplois, énergie, sécurité et gouvernance démocratique. Mais derrière ces thèmes se trouve une urgence plus concrète. Depuis les ruptures entre la CEDEAO et plusieurs pouvoirs militaires du Sahel, l’organisation doit éviter que la région se divise durablement entre États côtiers et États sahéliens.
L’Union africaine remet le Sahel au centre
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a, lui, consacré sa 1356e réunion à la transition politique au Burkina Faso et au Niger. Le texte adopté le 27 juillet et publié le 30 juillet insiste sur deux lignes : poursuivre l’engagement constructif avec les autorités de transition et obtenir un retour à l’ordre constitutionnel par des processus crédibles, inclusifs et portés par les pays eux-mêmes.
L’UA se garde d’un ton de rupture. Elle dit reconnaître les défis sécuritaires, condamne les attaques terroristes au Sahel et appelle à une approche qui ne soit pas uniquement militaire. Le message est important : pour Addis Abeba, la lutte contre les groupes armés ne peut pas se réduire aux opérations de sécurité. Elle doit inclure gouvernance, développement local, cohésion sociale, services publics, emplois des jeunes et réponse humanitaire.
Le communiqué demande aussi une coopération renforcée entre l’Union africaine, la CEDEAO et les États du Sahel central dans le renseignement, la sécurité des frontières, l’accès humanitaire et la lutte contre la criminalité transnationale. Autrement dit, même lorsque les canaux politiques sont abîmés, les besoins de terrain imposent de travailler ensemble.
Le défi de Faye : dialoguer sans banaliser les coups d’État
Pour Bassirou Diomaye Faye, l’équation est étroite. S’il adopte une ligne trop dure, il risque de prolonger l’éloignement des capitales sahéliennes. S’il mise uniquement sur l’apaisement, il peut affaiblir la position traditionnelle de la CEDEAO contre les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Le compromis recherché pourrait passer par une diplomatie graduelle : sécurité et humanitaire d’abord, discussions politiques ensuite, avec des garanties sur les calendriers de transition et l’ouverture du débat national.
La CEDEAO a déjà intérêt à garder des ponts pratiques. Les populations du Sahel et des pays côtiers commercent, circulent, étudient et travaillent de part et d’autre des frontières. Les transporteurs, les petits commerçants, les familles installées dans plusieurs pays et les étudiants sont souvent les premiers touchés quand la diplomatie se bloque. La stabilité ne se décrète donc pas seulement dans les palais présidentiels ; elle se mesure aussi sur les routes, dans les marchés et aux postes frontaliers.
Pourquoi cela compte pour la RDC
Vue de Kinshasa, cette séquence ouest africaine parle directement à la RDC. Le Congo connaît, lui aussi, le poids des mécanismes régionaux dans la gestion des conflits, entre initiatives africaines, médiations diplomatiques et pression des voisins. L’expérience du Sahel rappelle qu’une crise sécuritaire prolongée finit toujours par devenir politique, économique et humanitaire.
Pour les Congolais, l’enjeu dépasse la carte de l’Afrique de l’Ouest. Lorsque l’Union africaine cherche à coordonner ses réponses avec les communautés régionales, elle teste une méthode qui concerne aussi l’Est de la RDC : comment faire respecter les principes constitutionnels, protéger les civils, maintenir les échanges et éviter que les rivalités diplomatiques ne paralysent la réponse sécuritaire ?
Le mandat de Bassirou Diomaye Faye à la CEDEAO commence donc sur un terrain mouvant. Freetown a donné un cadre politique. L’Union africaine a rappelé les priorités de sécurité et de transition. Reste maintenant à transformer les mots en canaux de discussion efficaces, dans une région où chaque retard se paie en vies déplacées, en routes coupées et en confiance perdue.
Rédaction nzadinews.net
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