Chapô – À Kinshasa, l’un des dossiers économiques les plus structurants de ces dernières semaines concerne la mise en place d’un marché boursier national. Après son adoption à l’Assemblée nationale puis son passage au Sénat, le projet de loi relatif aux marchés boursiers a été transmis au président de la République pour promulgation, selon le compte rendu de clôture de la session extraordinaire du Sénat. Cette avancée intervient quelques semaines après la signature, le 18 juin 2026, d’un protocole de partenariat entre le ministère des Finances et la Société financière internationale, filiale du Groupe de la Banque mondiale, pour accompagner le développement de la future Bourse de Kinshasa.
Un cap parlementaire franchi fin juillet
Le Sénat a clôturé, le 25 juillet 2026, sa session extraordinaire ouverte le 26 juin en annonçant l’adoption de plusieurs textes, dont le projet de loi relatif aux marchés boursiers. Le texte a été harmonisé avec l’Assemblée nationale en commission mixte paritaire, puis transmis au chef de l’État pour promulgation. À la date du 12 août 2026, les sources consultées ne permettent pas d’établir avec certitude que la promulgation est déjà intervenue ; l’étape confirmée reste donc celle de l’adoption parlementaire et de la transmission à la présidence.
Le projet vise à créer un cadre juridique pour une bourse des valeurs mobilières et une bourse des marchandises. L’Agence congolaise de presse avait déjà indiqué, lors de l’examen du texte au Sénat en juin, qu’il comportait huit titres et portait notamment sur l’institution d’une Autorité de régulation des marchés financiers, les entreprises de marché, les organismes de placement collectif, les banques de règlement et les dépositaires centraux des titres. L’objectif affiché est de mobiliser des ressources pour financer l’investissement, le secteur privé et la croissance.
La SFI en appui technique
Le volet institutionnel s’est accompagné d’un appui international. Le ministère des Finances a inscrit parmi ses actualités du 19 juin 2026 la signature d’un protocole de partenariat avec la SFI pour le développement de la Bourse de Kinshasa. Des comptes rendus spécialisés indiquent que l’accord a été signé à Kinshasa par le ministre des Finances, Doudou Fwamba, et le directeur pays de la SFI, Malick Fall.
Les axes mentionnés portent sur le développement du cadre réglementaire, la mise en place des infrastructures du marché financier, le renforcement des capacités des acteurs, le partage d’expertise, l’élargissement de la base d’investisseurs et l’accompagnement des premières opérations boursières. Ces éléments montrent que la réforme ne se limite pas à l’annonce d’une place financière : elle suppose une architecture technique complète, allant de la supervision aux systèmes de règlement-livraison, en passant par les règles de transparence imposées aux émetteurs.
Une réponse à un problème ancien de financement
La portée économique du dossier tient au déficit chronique de financement à long terme en RDC. Talatala, plateforme de suivi parlementaire, résume l’enjeu en soulignant que la finance directe reste peu développée et que l’économie demeure fortement dépendante des établissements de crédit. Dans un pays où de nombreuses entreprises peinent à accéder à des ressources longues et où l’épargne nationale reste faiblement canalisée vers l’investissement productif, une bourse pourrait offrir un canal complémentaire aux banques et aux titres publics.
Concrètement, les entreprises pourraient, à terme, lever des fonds par émission d’actions ou d’obligations. Les investisseurs institutionnels, les sociétés d’assurance, les fonds de pension et, sous certaines conditions, les particuliers pourraient disposer d’instruments plus diversifiés. La création d’une bourse des marchandises pourrait aussi servir, si elle est effectivement mise en œuvre, à améliorer la transparence sur certains produits stratégiques. Mais ces effets ne seront pas automatiques : ils dépendront de la profondeur du marché, de la qualité de l’information financière et de la confiance accordée au régulateur.
Stabilité macroéconomique et risques persistants
Le contexte macroéconomique donne à cette réforme une importance particulière. Le FMI a estimé fin juin que l’économie congolaise restait résiliente malgré les pressions liées au conflit dans l’Est, à l’épidémie d’Ebola et aux incertitudes internationales. L’institution a aussi annoncé de nouveaux décaissements d’environ 348,5 millions de dollars au titre de ses programmes avec la RDC, tout en appelant à la discipline budgétaire, à la transparence et à l’amélioration de la gouvernance.
La Banque mondiale souligne pour sa part que la croissance congolaise reste portée par le secteur extractif, mais que la pauvreté demeure élevée et que les risques liés au conflit, aux prix des matières premières et aux finances publiques pèsent sur les perspectives. Dans ce contexte, la future Bourse de Kinshasa peut contribuer à diversifier les sources de financement, mais elle ne remplacera ni les réformes de gouvernance, ni l’élargissement de la base productive, ni la sécurisation du climat des affaires.
Conclusion : une réforme prometteuse, encore à concrétiser
L’adoption parlementaire du texte sur les marchés boursiers constitue une étape notable pour l’économie congolaise. Elle ouvre la voie à un outil potentiellement stratégique pour financer les entreprises, mobiliser l’épargne et renforcer la transparence des opérations de capital. Mais la réussite de la Bourse de Kinshasa dépendra de la suite : promulgation effective, textes d’application, régulateur crédible, infrastructures fiables, entreprises prêtes à publier des comptes audités et investisseurs suffisamment protégés. Pour la RDC, l’enjeu n’est donc pas seulement d’ouvrir une bourse ; il est de construire un marché digne de confiance.
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