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Tanzanie : la crise politique rouvre le débat sur les libertés publiques

Après l’interdiction des rassemblements politiques, des arrestations et un timide assouplissement policier, la Tanzanie reste sous tension.

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Tanzanie : la crise politique rouvre le débat sur les libertés publiques

La Tanzanie tente de desserrer l’étau sans éteindre les inquiétudes. Un mois après l’interdiction des rassemblements politiques et la vague d’arrestations qui a précédé les manifestations annoncées du 7 juillet, la police dit reprendre la réception des notifications de réunions publiques. Mais l’opposition et les défenseurs des droits humains voient dans cette séquence le signe d’une crise plus profonde, née du scrutin contesté d’octobre 2025 et de sa répression meurtrière. Pour la RDC, voisine par le lac Tanganyika et partenaire de la Tanzanie dans la SADC comme dans les corridors commerciaux de l’Est, cette tension rappelle combien les libertés publiques restent un enjeu régional, pas seulement national.

Un assouplissement prudent après la pression de juillet

Le 30 juillet, la police tanzanienne a annoncé qu’elle allait de nouveau recevoir les notifications d’organisateurs souhaitant tenir des réunions publiques. Le porte-parole David Misime a justifié cette décision par une amélioration de la situation sécuritaire, après des opérations contre des personnes accusées de préparer des actes violents, notamment des blocages de routes, des attaques contre des écoles et des dégradations d’infrastructures électriques.

Ce geste ne vaut pas retour complet à la normale. Les autorités maintiennent que les organisateurs doivent respecter les procédures légales et que les forces de l’ordre continueront à agir contre toute activité jugée criminelle. Pour les partis d’opposition, la question centrale demeure ailleurs : qui décide, en pratique, de ce qui relève d’un meeting politique licite ou d’une menace à l’ordre public ?

Le gouvernement avait franchi un cap le 26 juin, lorsque le ministre de l’Intérieur, Patrobas Katambi, avait ordonné à l’inspecteur général de la police de cesser de délivrer des autorisations pour les activités politiques. La décision intervenait à l’approche de manifestations prévues le 7 juillet, jour chargé de symboles dans la région, notamment au Kenya où cette date renvoie à l’histoire des luttes pour le multipartisme.

Arrestations et accusations graves

La journée du 7 juillet n’a pas donné lieu aux rassemblements espérés par les organisateurs. À Dar es Salaam, la capitale économique, la présence de policiers et de militaires sur les grands axes et autour des espaces publics a fortement dissuadé les manifestants. Les autorités affirmaient vouloir prévenir des troubles ; leurs critiques y ont vu une stratégie d’intimidation.

Deux jours plus tard, la police a annoncé l’arrestation de 130 personnes accusées d’« incitation à des actes criminels ». Selon les informations rapportées par Reuters, les forces de sécurité disaient rechercher d’autres suspects. Les autorités ont présenté ces opérations comme une réponse à des projets de violences coordonnés par des groupes utilisant des réunions privées et les réseaux sociaux.

La tension a encore monté le 25 juillet, lorsque le principal parti d’opposition, Chadema, a déclaré que 51 de ses responsables avaient été arrêtés et inculpés pour terrorisme en lien avec les manifestations avortées. L’Associated Press a rapporté que le vice-président de Chadema, John Heche, accusait l’État d’utiliser la justice pour intimider les critiques. Le gouvernement n’avait pas commenté ces accusations précises, mais il nie de longue date mener une répression politique.

Le scrutin de 2025 reste au cœur de la crise

La séquence actuelle ne peut se comprendre sans revenir au scrutin général du 29 octobre 2025. La présidente Samia Suluhu Hassan a été déclarée victorieuse avec environ 97 à 98 % des voix, selon les décomptes rapportés par les médias internationaux. L’élection s’est déroulée après l’exclusion ou l’absence des principales figures d’opposition, dont Tundu Lissu, chef de Chadema, détenu pour trahison après avoir réclamé des réformes électorales.

En avril 2026, une commission d’enquête nommée par le gouvernement a établi qu’au moins 518 personnes avaient été tuées dans les violences postélectorales. L’Associated Press a également rapporté que des milliers de personnes avaient été blessées, dont plus de 800 par balles, selon les conclusions présentées par la commission. L’opposition avance un bilan plus élevé, tandis que les autorités contestent les accusations d’usage excessif de la force par les services de sécurité.

Les missions d’observation régionales avaient, elles aussi, tiré la sonnette d’alarme. L’Union africaine a estimé que les élections de 2025 ne respectaient pas les principes et standards applicables aux scrutins démocratiques. La SADC a conclu que le processus était resté en deçà de ses lignes directrices sur les élections démocratiques, notamment en raison de restrictions à la participation politique et de problèmes de transparence.

Un signal pour les États de la SADC

Pour Kinshasa, cette crise tanzanienne n’est pas lointaine. La Tanzanie est une porte d’accès majeure pour une partie des échanges de l’Est congolais, via le port de Dar es Salaam, le lac Tanganyika et les corridors vers Kalemie, Uvira et le Katanga. Une instabilité politique durable n’interrompt pas automatiquement le commerce, mais elle peut renchérir la prudence des transporteurs, ralentir les administrations et peser sur la confiance des opérateurs.

Le sujet touche aussi la diplomatie régionale. La RDC et la Tanzanie siègent dans la SADC, organisation qui invoque régulièrement la paix, la sécurité et la gouvernance démocratique comme conditions de stabilité. Lorsque l’espace civique se referme dans un État membre, c’est toute la crédibilité régionale qui est testée, y compris sur les crises congolaises où la SADC est appelée à jouer un rôle politique.

À court terme, l’annonce policière sur la reprise des notifications de réunions publiques ouvre une fenêtre limitée. Elle peut permettre aux partis, aux organisations civiques et aux élus de reprendre une activité visible, si les autorisations suivent réellement. Mais les arrestations, les inculpations lourdes et l’absence d’un consensus sur les violences de 2025 maintiennent un climat de méfiance.

La Tanzanie a longtemps été perçue comme un pôle de stabilité en Afrique de l’Est. La question, désormais, est de savoir si cette réputation peut survivre à une crise où l’ordre public, les libertés politiques et la justice pour les victimes se disputent le centre de la scène.

Rédaction nzadinews.net

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