La Zambie a reconduit Hakainde Hichilema à la présidence, au terme d’un scrutin qui mêle soulagement institutionnel et fortes réserves politiques. Dans ce pays clé de l’Afrique australe, grand producteur de cuivre et voisin économique immédiat de la RDC par l’arc minier, le second mandat du président sortant sera jugé sur deux fronts : maintenir la stabilisation financière engagée depuis 2021 et apaiser les doutes nés d’une campagne marquée par des violences, des arrestations et des accusations de restrictions contre l’opposition.
Un second mandat arraché dans un climat tendu
Hakainde Hichilema a été déclaré vainqueur mardi 18 août 2026, selon les résultats de la Commission électorale rapportés par l’Associated Press. Le président sortant aurait obtenu environ 60 % des suffrages, contre près de 38 % pour son principal adversaire, Brian Mundubile, figure de l’alliance d’opposition Tonse. Cette avance lui permet d’éviter un second tour et de prolonger de cinq ans le mandat commencé en 2021, lorsque l’ancien opposant avait battu Edgar Lungu après plusieurs tentatives infructueuses.
Le scrutin du 13 août n’a cependant pas déroulé l’image lisse que Lusaka aime souvent projeter. Le dépouillement a été suspendu puis relancé le 14 août après des attaques contre des agents électoraux et le vol signalé de bulletins dans certains centres. La police a aussi fait état d’un mort dans un bureau de vote, tandis que des responsables de l’opposition ont été interpellés lors d’une opération des forces de l’ordre. Pour un pays qui revendique depuis 1991 une tradition électorale plus stable que celle de nombreux voisins, ces incidents pèsent sur le récit de la victoire.
Le vote, référendum sur le coût de la vie
La campagne a surtout servi de test grandeur nature au bilan économique de Hichilema. Arrivé au pouvoir après le défaut souverain de 2020, il a mis en avant la restructuration de la dette, le retour d’une meilleure discipline budgétaire et la stabilisation du kwacha. Le Fonds monétaire international a relevé en mai que l’inflation était revenue dans la fourchette cible de la Banque de Zambie à fin avril, que les réserves avaient été reconstruites et que les accords de restructuration couvraient environ 94 % du périmètre concerné.
Ces signaux ont parlé aux marchés, moins aux ménages. Dans les quartiers populaires de Lusaka comme dans les provinces rurales, l’opposition a martelé que la stabilisation macroéconomique ne remplissait pas les paniers. Les coupures d’électricité, la hausse passée des prix et la dépendance au maïs ont nourri un sentiment d’attente. Le FMI lui-même a révisé la croissance de 2026 à 4,3 %, évoquant une production minière plus faible, des contraintes énergétiques et des pressions budgétaires avant les élections. La victoire de Hichilema n’efface donc pas la question centrale : comment transformer le redressement comptable en emplois visibles et en revenus plus réguliers.
Cuivre, dette et investisseurs au cœur du prochain quinquennat
La Zambie reste l’un des grands pays du cuivre, métal devenu stratégique avec la transition énergétique, les réseaux électriques et les technologies propres. Cette position attire la Chine, les États-Unis, les institutions financières et les groupes miniers. Pour Hichilema, le second mandat offre une fenêtre politique pour accélérer la valeur ajoutée locale, sécuriser l’énergie et prolonger les discussions avec le FMI sur un nouveau programme après l’élection.
La Banque mondiale décrit une économie en reprise après la sécheresse, portée par les mines, l’agriculture et le tourisme, mais avertit que la pauvreté et les inégalités demeurent élevées. C’est là que le président réélu devra éviter le piège des chiffres abstraits. Les mines peuvent soutenir les recettes publiques, mais elles ne suffisent pas à elles seules à absorber une jeunesse nombreuse. Sans progrès dans l’accès à l’électricité, les routes agricoles, la formation technique et le financement des petites entreprises, le vote de 2026 pourrait vite devenir un sursis plutôt qu’un plébiscite.
Un signal suivi de près à Kinshasa et dans la région
Pour la RDC, l’élection zambienne n’est pas un événement lointain. Le Haut Katanga et le Lualaba partagent avec la Copperbelt zambienne un même bassin industriel, des chaînes d’approvisionnement proches et des préoccupations similaires sur l’énergie, les corridors logistiques et la transformation locale des minerais. Une Zambie stable rassure les transporteurs, les investisseurs et les partenaires qui observent aussi les projets miniers congolais. À l’inverse, une contestation prolongée ou un durcissement politique à Lusaka compliquerait le climat régional au moment où les pays producteurs veulent mieux négocier leur place dans les minerais critiques.
La SADC suivra également la séquence avec attention. Les élections disputées, les tensions autour de l’espace civique et les réformes économiques sous pression traversent plusieurs États membres. En Zambie, la marge du président réélu est nette, mais son autorité dépendra de la manière dont il traitera les griefs de l’opposition et les demandes sociales. Hichilema a gagné le droit de continuer sa politique. Il doit maintenant démontrer que la stabilité économique peut avancer sans réduire l’espace démocratique, et que le cuivre peut financer autre chose qu’une promesse de croissance.
Rédaction nzadinews.net

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