La République démocratique du Congo remet la question de l’exécution des projets au centre de sa politique économique. Après avoir validé de nouveaux accords de financement avec l’Association internationale de développement, le gouvernement se retrouve face à un double impératif : mobiliser des ressources pour l’éducation, la santé et les PME, mais surtout les transformer plus vite en services visibles pour les ménages.
Près de 491,3 millions de dollars validés au Conseil des ministres
Réuni vendredi 14 août 2026 sous la présidence de Félix Tshisekedi, le Conseil des ministres a approuvé plusieurs projets de textes liés à des accords conclus avec l’Association internationale de développement, le guichet concessionnel du Groupe de la Banque mondiale. L’information, publiée ce lundi 17 août, porte sur une enveloppe totale de 491,3 millions de dollars américains, dont 475 millions sous forme de prêts et 16,3 millions en dons.
Le premier volet concerne le projet TRANSFORME, destiné à l’autonomisation des femmes entrepreneures et à la mise à niveau des micro, petites et moyennes entreprises. Le financement additionnel annoncé s’élève à 200 millions de dollars. Les documents de la Banque mondiale confirment que ce projet vise la croissance des entreprises, notamment celles détenues par des femmes, ainsi que la création d’emplois dans plusieurs zones ciblées.
Un deuxième accord, également de 200 millions de dollars, porte sur le Projet d’urgence pour l’équité et le renforcement du système éducatif, connu sous le sigle PERSE. Le ministère de l’Éducation nationale avait déjà annoncé, en mai, la signature d’un procès-verbal de négociation avec la Banque mondiale pour prolonger ce programme jusqu’au 29 octobre 2029. Lancé en 2020, PERSE accompagne notamment la gratuité de l’enseignement primaire et les réformes du système scolaire.
Éducation, santé, nutrition et entreprises au premier rang
Le troisième axe concerne le Projet multisectoriel de nutrition et de santé, avec un prêt additionnel de 75 millions de dollars. À cela s’ajoutent deux dons de 6,3 millions et 10 millions de dollars, ce dernier étant lié au mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents. Dans un pays où la pression sur les hôpitaux, les centres de santé et les ménages reste forte, ces financements peuvent soutenir des dépenses sensibles : soins de base, nutrition, santé maternelle et continuité de certains services essentiels.
Pour la population, l’enjeu est concret. Dans l’éducation, un financement disponible mais non exécuté peut retarder la paie régulière, la formation, la réhabilitation de salles de classe ou l’achat de matériels. Dans la santé, il peut ralentir l’approvisionnement, la supervision des zones de santé ou la prise en charge de services ciblés. Pour les petites entreprises, l’attente se traduit souvent par moins d’accès au crédit, moins d’accompagnement et moins de marchés structurés.
Ces accords ne signifient toutefois pas que l’argent sera immédiatement dépensé. Ils doivent franchir les étapes prévues par les textes congolais, puis respecter les conditions techniques et fiduciaires propres aux projets financés par les partenaires. C’est précisément à ce niveau que Kinshasa identifie l’un de ses plus grands blocages.
Un portefeuille de 10,7 milliards encore trop peu consommé
La même réunion gouvernementale a mis en lumière une donnée lourde de conséquences. Selon une analyse de l’Inspection générale des finances présentée au chef de l’État, le portefeuille actif des projets financés par les partenaires techniques et financiers dépasse 10,7 milliards de dollars. Or, seulement 24,3 % de ces ressources auraient été effectivement décaissés. Plus de 8,3 milliards de dollars resteraient donc disponibles sans produire, à ce stade, tous les effets économiques et sociaux attendus.
Ce chiffre donne une autre lecture des annonces financières. Le problème de la RDC n’est pas seulement de convaincre les bailleurs ou de signer des conventions. Il est aussi de préparer des projets mûrs, de sécuriser les fonds de contrepartie, de respecter les procédures de passation des marchés, de décaisser à temps et de livrer les infrastructures ou les services prévus.
Dans plusieurs secteurs, les retards administratifs se paient cher. Une route rurale qui n’avance pas maintient les producteurs loin des marchés. Une école non réhabilitée laisse les élèves dans des conditions précaires. Un projet de santé qui tarde peut affaiblir la prévention, surtout dans les provinces déjà exposées aux épidémies ou aux déplacements de population.
Tshisekedi demande un plan de redressement
Face à ce constat, Félix Tshisekedi a instruit la Première ministre de faire de l’amélioration du taux de décaissement une priorité gouvernementale. Il a demandé un plan de redressement précisant les responsabilités, les objectifs de performance, les mécanismes de suivi et les mesures de redevabilité.
Les ministres du Budget, du Plan et des Finances sont appelés à garantir la disponibilité des fonds de contrepartie, à simplifier les procédures relevant de leurs compétences et à renforcer la coordination avec les partenaires techniques et financiers. Les ministres sectoriels doivent, de leur côté, identifier les obstacles qui bloquent leurs projets et les lever sans délai.
L’idée d’un tableau de bord national des projets financés sur ressources extérieures revient ainsi au premier plan. Un tel outil permettrait de suivre, projet par projet, les montants approuvés, les décaissements, les marchés passés, l’état d’avancement, les contraintes et les corrections à apporter. Pour Kinshasa, c’est aussi une question de crédibilité auprès des bailleurs : un pays qui absorbe mieux les fonds déjà obtenus renforce sa capacité à négocier de nouveaux appuis.
Le vrai test sera sur le terrain
La validation des 491,3 millions de dollars intervient donc dans un moment charnière. Elle donne de l’oxygène à des secteurs prioritaires, mais elle met aussi en évidence une fragilité ancienne de l’action publique congolaise : le passage de la signature à l’exécution.
Pour les ménages, la différence ne se mesurera pas dans les communiqués, mais dans l’ouverture d’une classe, la disponibilité d’un soin, l’accompagnement d’une entrepreneure ou la réalisation d’un projet local. C’est là que se jouera la portée réelle de ces financements extérieurs.
Rédaction nzadinews.net
