Le programme d’accès aux services d’eau et d’assainissement en RDC, connu sous le nom de PASEA, arrive à un moment décisif. Réunie à Kinshasa du 1er au 3 juillet 2026, sa revue à mi-parcours a acté un changement de rythme : après les études, les marchés et la structuration des équipes provinciales, le gouvernement veut désormais accélérer les travaux dans le Kasaï, le Kasaï Central, le Kasaï Oriental et le Kwilu. Pour les ménages qui parcourent encore de longues distances pour trouver de l’eau, la question n’est plus seulement celle du financement. Elle devient très concrète : quand l’eau arrivera-t-elle au robinet, à l’école ou au centre de santé ?
Un programme national qui entre dans sa phase d’exécution
Le PASEA est l’un des plus importants programmes engagés dans le secteur congolais de l’eau et de l’assainissement. Sa première phase, financée par un crédit de 400 millions de dollars de l’Association internationale de développement du Groupe de la Banque mondiale, vise les milieux ruraux et périurbains de quatre provinces : Kasaï, Kasaï Central, Kasaï Oriental et Kwilu. La Banque mondiale présente cette phase comme la première étape d’un programme de onze ans, dont l’enveloppe globale prévue atteint 1,25 milliard de dollars.
Les objectifs annoncés sont précis : donner accès à des services d’eau potable de base à 2,9 millions de personnes et à des services d’assainissement de base à 2 millions d’habitants. La CEP-O, cellule d’exécution rattachée au ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, confirme ces cibles et ajoute des interventions dans les écoles, les centres de santé, la formation des métiers de l’eau et la mise en place de régies provinciales du service public de l’eau.
De la préparation aux premiers ouvrages visibles
La revue clôturée le 3 juillet à Kinshasa a reconnu une réalité souvent rencontrée dans les grands projets publics : les deux premières années ont surtout servi à préparer. Études techniques, passation des marchés, sauvegardes environnementales et sociales, installation des unités provinciales et organisation institutionnelle ont pris du temps. Ce travail invisible reste indispensable, mais il ne suffit pas à convaincre une population qui juge l’action publique à la régularité de l’eau et à la propreté du milieu de vie.
Selon la CEP-O, plusieurs signaux montrent toutefois que le PASEA entre dans une phase plus opérationnelle. Les premiers marchés de travaux d’alimentation en eau potable sont lancés, 49 forages ont démarré dans des centres de la REGIDESO et en zones rurales, et plusieurs systèmes structurants sont annoncés. Le cas de Tshikapa est particulièrement suivi : la réhabilitation de l’usine de traitement, de nouveaux réservoirs, l’extension du réseau et des branchements domestiques doivent, à terme, desservir près de 700 000 habitants.
Assainissement : le chantier moins visible, mais tout aussi décisif
L’eau potable attire naturellement l’attention. L’assainissement, lui, avance souvent dans l’ombre, alors qu’il conditionne la santé publique. La revue de juillet signale la progression de la feuille de route nationale pour la fin de la défécation à l’air libre. Plus de 205 villages seraient engagés dans un processus de transformation communautaire, près de 60 000 ménages concernés et plus de 465 maçons formés. Un mécanisme de coupons électroniques doit aussi faciliter l’accès de ménages vulnérables à des latrines améliorées, avec 41 entreprises locales sélectionnées et plus de 30 800 bénéficiaires potentiels identifiés.
Ce volet peut paraître technique, mais il touche directement la vie quotidienne. Une latrine améliorée dans une école peut réduire l’absentéisme, notamment chez les filles adolescentes. Un point d’eau fonctionnel dans un centre de santé limite les risques d’infections. Un village où les eaux usées et les excréta sont mieux gérés est moins exposé aux maladies hydriques. Dans un pays où les données de l’UNICEF indiquaient encore en 2022 que 35 % seulement de la population utilisait des services d’eau potable de base et 16 % des services d’assainissement de base, chaque ouvrage effectivement livré compte.
La gouvernance, vraie condition de réussite
Le défi du PASEA n’est pas uniquement de construire. Il est aussi de faire fonctionner les ouvrages dans la durée. Les participants à la revue ont insisté sur la coordination entre institutions nationales et provinciales, le suivi des entreprises, l’anticipation des risques fonciers et environnementaux, ainsi que la circulation de l’information. Ces éléments paraissent administratifs, mais ils déterminent la différence entre un forage qui sert plusieurs années et une pompe abandonnée après quelques mois.
La dimension provinciale sera déterminante. Dans les quatre provinces concernées, les besoins sont dispersés entre villes secondaires, cités, villages et institutions publiques. Les futurs opérateurs devront assurer la maintenance, organiser la tarification et répondre aux pannes. La Banque mondiale souligne également le rôle du secteur privé et de la décentralisation dans la fourniture des services, ce qui oblige l’État à clarifier les responsabilités et à éviter que les ouvrages ne deviennent des infrastructures sans gestionnaire solide.
Ce que les populations peuvent attendre d’ici 2029
La première phase du PASEA court jusqu’au 30 juin 2029. Les trois prochaines années seront donc celles du test réel. Pour les habitants du Kasaï, du Kasaï Central, du Kasaï Oriental et du Kwilu, les résultats attendus sont simples : moins de corvée d’eau, moins d’achat d’eau à prix élevé, des points d’eau plus proches, des latrines plus sûres, des écoles et des centres de santé mieux équipés.
La revue de juillet a fixé une orientation claire : transformer les recommandations en ouvrages mesurables. Le gouvernement et ses partenaires disposent désormais d’un cadre, de financements et d’une feuille de route. La crédibilité du programme PASEA dépendra de sa capacité à faire descendre ces décisions dans les quartiers, les villages, les cours d’école et les structures sanitaires. C’est là, loin des salles de réunion de Kinshasa, que se mesurera la promesse d’un service public de l’eau plus proche des Congolais.
Rédaction nzadinews.net
