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RDC : le dialogue national inclusif attend l’adresse de Tshisekedi après l’ultimatum de la C64

Au lendemain de l’échéance fixée par l’opposition, Félix Tshisekedi promet une adresse à la Nation pour préciser le dialogue national inclusif. Le flou sur le calendrier entretient la tension politique.

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RDC : le dialogue national inclusif attend l’adresse de Tshisekedi après l’ultimatum de la C64

Le compte à rebours politique ouvert par l’opposition congolaise n’a pas débouché, à ce stade, sur une convocation formelle du dialogue national inclusif. Depuis Libreville, où il a rencontré dimanche 16 août la diaspora congolaise du Gabon, Félix Tshisekedi a plutôt annoncé une prochaine adresse à la Nation pour préciser sa vision et les contours de cette initiative. À Kinshasa, cette annonce intervient juste après l’expiration du délai du 15 août fixé par la Coalition Article 64, la C64, qui exigeait des actes concrets avant toute reprise normale du jeu politique.

Une annonce présidentielle depuis Libreville

Selon la Présidence de la République, le chef de l’État a abordé devant les Congolais vivant au Gabon la situation sécuritaire dans l’Est, les processus de paix de Washington et de Doha, ainsi que le projet de dialogue national inclusif. Il a indiqué qu’une adresse à la Nation viendrait clarifier la démarche et a affirmé que ce dialogue serait différent de ceux déjà connus par le pays.

La formule est politiquement lourde. Elle permet au président de garder la main sur le calendrier, tout en répondant indirectement à ceux qui réclament une feuille de route immédiate. Mais elle laisse plusieurs questions sans réponse : qui facilitera les assises, où se tiendront-elles, quelles forces politiques et sociales y participeront, et quels sujets seront inscrits à l’ordre du jour ? Dans un climat où la révision ou le changement de la Constitution divise profondément, ces points ne relèvent pas seulement de la procédure. Ils conditionnent la confiance autour du processus.

La C64 avait placé la barre au 15 août

La C64, qui regroupe notamment des figures de l’opposition comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, avait accepté en juillet de reporter sa marche prévue devant le Palais de la Nation. Ce report faisait suite aux consultations menées par la Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo, engagées pour explorer la voie d’un dialogue.

En contrepartie, la coalition avait fixé au pouvoir un délai allant jusqu’au 15 août 2026 pour convoquer officiellement les assises ou traduire en actes les engagements annoncés. Radio Okapi, Actualité.cd et d’autres médias congolais ont rapporté la même ligne : l’opposition disait vouloir donner une chance à la médiation religieuse, sans renoncer à la défense de l’ordre constitutionnel. Elle prévenait qu’en l’absence d’avancée, elle se réservait le droit de reprendre des actions citoyennes pacifiques.

Au matin du 17 août, l’équation est donc délicate. Le chef de l’État parle d’une adresse prochaine, mais la C64 attendait une convocation. Cette différence entre annonce politique et acte institutionnel nourrit les interprétations. Pour l’opposition, le risque est celui d’un glissement du calendrier. Pour le pouvoir, il s’agit de ne pas donner l’image d’un agenda dicté par un ultimatum.

Le gouvernement refuse la logique de l’ultimatum

Cette position a été clairement formulée fin juillet par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Il a rappelé que l’agenda du président ne répondait pas à un ultimatum, tout en assurant que l’engagement d’organiser un dialogue serait tenu. Le gouvernement présente cette initiative comme un outil de cohésion nationale dans un pays confronté à la guerre dans l’Est et aux tensions institutionnelles.

Ce cadrage est important. Kinshasa cherche à inscrire le dialogue dans une séquence de souveraineté et de mobilisation nationale, notamment face au Rwanda, accusé par les autorités congolaises de soutenir l’AFC et le M23. L’opposition, elle, veut empêcher que la crise sécuritaire serve de justification à une remise en cause des garde-fous constitutionnels. Entre ces deux lectures, le rôle des Églises reste central, car CENCO et ECC apparaissent comme les rares acteurs capables de parler à la fois au pouvoir, à l’opposition et à une partie de la société civile.

Un précédent constitutionnel qui pèse sur le débat

La tension actuelle ne sort pas de nulle part. En juin, l’Associated Press rapportait que l’opposition dénonçait un texte perçu comme pouvant ouvrir la voie à une modification des règles liées au mandat présidentiel, tandis que des manifestations avaient été dispersées à Kinshasa. Reuters a aussi documenté des rassemblements à Goma et Bukavu contre toute perspective de troisième mandat. Ces épisodes ont contribué à réunir une opposition longtemps fragmentée autour de la C64.

Dans la rue comme dans les états-majors politiques, le mot Constitution concentre les inquiétudes. Pour beaucoup de Congolais, la question n’est pas abstraite : elle touche à la stabilité des institutions, à la prévisibilité des élections et à la capacité du pays à éviter une crise prolongée. À Kinshasa, à Lubumbashi, à Goma ou à Kananga, les ménages suivent ces débats avec une préoccupation plus quotidienne : que les tensions politiques ne perturbent pas davantage l’économie, l’école, les transports ou l’accès aux services publics.

Une séquence à haut risque pour les médiateurs

L’annonce d’une adresse à la Nation peut ouvrir une voie de clarification, à condition qu’elle soit suivie rapidement d’éléments vérifiables : mandat des facilitateurs, calendrier, garanties de participation, protection des libertés publiques et périmètre des discussions. Sans ces précisions, le dialogue risque de rester un mot disputé, chacun y projetant ses attentes ou ses soupçons.

Le pouvoir a intérêt à montrer que l’initiative n’est pas un simple instrument de temporisation. L’opposition devra, de son côté, préciser comment elle entend maintenir la pression sans faire dérailler la médiation religieuse qu’elle a acceptée en juillet. Entre les deux, CENCO et ECC portent une responsabilité difficile : transformer une fenêtre étroite en cadre politique crédible. La prochaine adresse de Félix Tshisekedi dira si le dialogue national inclusif entre enfin dans une phase opérationnelle ou s’il devient le nouveau foyer du bras de fer congolais.

Rédaction nzadinews.net

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