L’Arabie saoudite a relancé, fin juillet, un dossier qui concerne directement l’Afrique de l’Est et, par ricochet, les économies du continent. En annonçant une coalition navale destinée à sécuriser Bab el-Mandeb, la mer Rouge et le golfe d’Aden, Riyad cherche à répondre aux attaques houthies contre la navigation. Mais cette initiative ouvre aussi une séquence diplomatique délicate pour les pays riverains, de Djibouti à l’Égypte, alors que les routes maritimes pèsent déjà sur les prix, les ports et les importations africaines.
Une annonce militaire à portée diplomatique
Le 30 juillet 2026, l’Arabie saoudite et treize autres pays ont annoncé la création d’une alliance maritime destinée à protéger la liberté de navigation dans trois couloirs essentiels : le détroit de Bab el-Mandeb, la mer Rouge et le golfe d’Aden. Selon les éléments publiés par le ministère saoudien de la Défense et repris par plusieurs médias internationaux, une réunion à Riyad a rassemblé des représentants de 43 pays, ainsi qu’une délégation de l’Union européenne.
La liste des soutiens cités donne à cette initiative une forte dimension africaine et proche-orientale. L’Égypte, Djibouti, la Somalie, le Soudan et les Comores figurent parmi les pays présentés comme associés au dispositif, aux côtés de partenaires du Golfe et d’Asie. L’absence, à ce stade, des Émirats arabes unis et d’Oman montre toutefois que l’initiative ne fait pas l’unanimité dans la région, y compris parmi les États qui partagent des préoccupations de sécurité maritime.
Les Houthis rouvrent le front du détroit
La décision saoudienne intervient après une nouvelle montée des tensions avec les Houthis du Yémen. Ces derniers ont menacé de fermer Bab el-Mandeb aux navires liés à l’Arabie saoudite et ont revendiqué des tirs contre des cibles saoudiennes, dans un contexte de représailles après des frappes contre Hodeida. Des informations de presse font également état d’attaques contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge.
Ce bras de fer ne se limite plus au conflit yéménite. Depuis 2023, les attaques contre des navires en mer Rouge ont déjà modifié les itinéraires commerciaux, poussé plusieurs compagnies à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance et alourdi les coûts logistiques. La guerre régionale autour de l’Iran et les tensions dans le détroit d’Ormuz ont encore accru l’importance de la mer Rouge comme voie alternative pour l’énergie et les marchandises.
Pourquoi l’Afrique est directement concernée
La géographie place l’Afrique au cœur du dossier. Bab el-Mandeb sépare le Yémen de Djibouti et de l’Érythrée, tandis que le canal de Suez, en Égypte, relie la mer Rouge à la Méditerranée. Une perturbation durable de cette route touche donc les revenus de transit, l’activité portuaire et la sécurité des États riverains. Elle peut aussi attirer davantage de forces étrangères dans un espace déjà marqué par une forte présence militaire internationale.
Le Fonds monétaire international rappelle que le canal de Suez représente normalement environ 15 % du commerce maritime mondial. Dans une analyse publiée en 2026, l’institution relève aussi que les passages par Bab el-Mandeb restent proches de la moitié de leur niveau d’avant les attaques commencées en 2023. Ce n’est pas un détail technique : lorsque les navires rallongent leur trajet, les délais augmentent, les assurances se renchérissent et les ports africains peuvent recevoir les marchandises avec retard.
Le regard congolais sur une crise lointaine
Pour la RDC, qui n’est pas riveraine de la mer Rouge, l’impact paraît indirect. Il est pourtant concret. Les importateurs congolais achètent une partie de leurs biens dans des chaînes logistiques mondiales déjà sensibles aux coûts du fret, au prix du carburant et aux délais dans les ports. Une hausse du transport maritime peut se répercuter sur les pièces de rechange, les produits manufacturés, certains intrants agricoles, les équipements miniers ou les biens de consommation arrivant par les corridors régionaux.
Le sujet concerne aussi la diplomatie congolaise. Kinshasa suit de près les équilibres de la Corne de l’Afrique, du Soudan et du monde arabe, autant pour les enjeux de paix continentale que pour les partenariats économiques. Si une coalition militaire se consolide sans cadre africain clairement articulé, l’Union africaine pourrait se retrouver devant un choix difficile : soutenir la sécurisation des routes maritimes tout en évitant que la mer Rouge ne devienne un théâtre supplémentaire de rivalités extérieures.
Une coalition encore à l’épreuve
Plusieurs questions restent ouvertes. Le mandat exact de la coalition, ses règles d’engagement, son articulation avec les missions navales déjà présentes et la place réelle des États africains dans la conduite des opérations n’ont pas encore été pleinement clarifiés. La présence de pays africains dans la liste des soutiens ne dit pas, à elle seule, le degré d’engagement militaire ou politique que chacun acceptera.
La réussite du dispositif dépendra donc moins de l’annonce que de sa capacité à réduire les attaques sans élargir le conflit. Pour les pays africains, la priorité est lisible : maintenir la navigation, protéger les ports, éviter une flambée durable des coûts et préserver une marge diplomatique dans une région où les crises du Yémen, du Soudan, de la Corne de l’Afrique et du Golfe se répondent désormais presque sans distance.
Rédaction nzadinews.net
