Aller au contenu

FIFA en crise : le football congolais rattrapé par la bataille autour d’Infantino

Spread the love

La contestation contre Gianni Infantino place la CAF et la FECOFA dans une position délicate. Pour la RDC, sortie d’un Mondial historique, l’enjeu dépasse les bureaux de Zurich : il touche au financement, aux infrastructures et à la crédibilité du football national.

FIFA en crise : le football congolais rattrapé par la bataille autour d’Infantino
AMISOM Public Information — CC0 — Wikimedia Commons
Spread the love

La Coupe du monde à peine refermée, le football mondial est entré dans une séquence de fortes turbulences. Au centre du débat : Gianni Infantino, président de la FIFA, fragilisé par le projet controversé de réorganisation commerciale des compétitions mondiales, puis par la riposte publique de plusieurs confédérations. Pour la République démocratique du Congo, dont les Léopards ont retrouvé la grande scène internationale cet été, cette crise n’est pas lointaine. Elle touche directement aux rapports entre la FECOFA, la CAF et l’instance qui finance une partie importante du développement du football dans les pays africains.

Une fronde qui dépasse le simple débat de gouvernance

Le point de rupture est venu du projet FIFA Forward Enterprise, présenté fin juillet comme une structure destinée à regrouper des droits commerciaux et l’organisation d’événements de la FIFA. L’argument officiel était de mieux valoriser les compétitions et de dégager davantage de ressources pour les 211 associations membres. Mais le schéma, perçu par ses critiques comme une ouverture risquée à des investisseurs privés autour de la Coupe du monde, a provoqué une réaction rapide.

Le 10 août, l’UEFA, la CONCACAF et la Confédération asiatique ont dénoncé publiquement une rupture de confiance, accusant la direction de la FIFA d’avoir franchi une ligne politique majeure. L’Associated Press a rapporté que ces trois blocs reprochaient à Gianni Infantino une démarche contraire à l’esprit collectif de la gouvernance du football. La FIFA, de son côté, a tenté de resserrer les rangs après une réunion de crise au Maroc, en présentant des excuses pour les erreurs commises et en affirmant que son encadrement supérieur renouvelait son soutien au président.

Le bras de fer est donc installé. Il oppose une FIFA qui veut sauver son autorité à des confédérations puissantes qui réclament plus de garanties. Et dans cette géographie du pouvoir, l’Afrique pèse lourd : les 54 associations de la CAF forment le plus grand bloc continental au sein de la FIFA.

La CAF affiche son soutien, mais le débat africain s’ouvre

La position officielle de la CAF est claire depuis le printemps. Réunie le 29 avril à Vancouver, à la veille du 76e Congrès de la FIFA, la Confédération africaine de football avait annoncé que ses associations membres soutenaient unanimement la réélection de Gianni Infantino pour la période 2027 à 2031. Cette déclaration reste un signal politique fort, surtout dans une période où le président de la FIFA cherche à conserver une majorité solide.

Mais le soutien institutionnel ne suffit pas à éteindre le débat. Plusieurs voix, notamment en Europe, contestent la concentration du pouvoir à Zurich. En Afrique aussi, des interrogations existent sur la capacité des fédérations à défendre leurs intérêts sans apparaître dépendantes des financements de la FIFA. Le sujet est sensible : les programmes de développement, les centres techniques, les terrains, la formation des encadreurs et l’appui au football féminin ou aux jeunes sont souvent liés aux ressources internationales.

Pour les fédérations africaines, l’équation est donc complexe. S’opposer frontalement à la FIFA peut être politiquement coûteux. Se ranger sans réserve derrière son président peut aussi exposer à des critiques, surtout si les réformes commerciales semblent décidées trop loin des terrains et des clubs qui attendent des résultats concrets.

La voix congolaise de Constant Omari tranche dans le débat

Dans cette séquence, une parole congolaise a particulièrement résonné. Constant Omari, ancien président de la FECOFA, ancien membre du Conseil de la FIFA et ancien président par intérim de la CAF, a livré au Monde une critique sévère de Gianni Infantino. Selon lui, le président de la FIFA devrait démissionner ou solliciter un vote de confiance du Congrès. Il estime que la crise actuelle révèle une perte de confiance interne et appelle les dirigeants africains à regarder au-delà des promesses financières.

Cette prise de position ne représente pas la ligne officielle de Kinshasa ni celle de la FECOFA actuelle. Elle rappelle cependant que la RDC dispose d’une histoire dans les instances du football continental et mondial. Omari a dirigé la fédération congolaise pendant près de deux décennies, avec un bilan lui-même controversé, marqué à la fois par une présence dans les cercles de décision et par des critiques sur la gouvernance locale. Son intervention a donc un poids politique, mais elle doit être lue comme celle d’un ancien dirigeant engagé dans une bataille d’influence.

La FECOFA, elle, a changé de direction. Véron Mosengo Omba a été élu président le 20 mai 2026 avec 60 voix sur 65 délégués présents, selon la fédération. Son programme affiché, « refonder pour structurer, structurer pour gagner », arrive au moment précis où la fédération doit consolider les acquis sportifs et clarifier sa place dans le débat mondial.

Après le Mondial, les attentes congolaises changent d’échelle

La RDC sort d’un été sportif rare. Les Léopards ont quitté la Coupe du monde après une défaite 2 à 1 contre l’Angleterre en huitième de finale, le 10 juillet à Atlanta, au terme d’un parcours qui a réveillé un fort sentiment national. Le ministère des Sports avait salué une équipe sortie « la tête haute », portée par Sébastien Desabre et par une génération désormais regardée autrement.

Cette visibilité crée des obligations. Les supporters qui ont rempli les bars, les fan zones improvisées et les avenues de Kinshasa pendant le Mondial n’attendent plus seulement des exploits ponctuels. Ils attendent des stades praticables, des championnats mieux organisés, une formation crédible et une gestion plus lisible des revenus et des aides. Dans les provinces, le football reste l’un des rares espaces de mobilisation populaire capable de rassembler au-delà des clivages sociaux et politiques.

C’est pourquoi la crise à la FIFA n’est pas une affaire abstraite pour la RDC. Si le système mondial se durcit, si les financements changent de règles ou si les rapports entre confédérations se tendent, les fédérations devront être plus transparentes et plus efficaces. La FECOFA aura besoin de défendre l’accès aux ressources sans perdre de vue une exigence simple : que l’argent promis au développement se voie sur les terrains, dans les académies et dans l’organisation des compétitions locales.

Une ligne de crête pour Kinshasa

Pour l’instant, aucune rupture africaine avec la FIFA n’est annoncée. La CAF reste officiellement alignée sur Infantino, tandis que les critiques venues d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie maintiennent la pression. La RDC, par sa fédération, avance donc sur une ligne de crête : préserver les canaux de coopération, tout en évitant d’être simple spectatrice d’un débat qui peut redessiner la gouvernance du football mondial.

Après le Mondial, le football congolais a gagné en visibilité. La prochaine étape sera moins spectaculaire, mais tout aussi décisive : transformer l’émotion sportive en institutions plus solides. Dans cette bataille-là, les décisions prises à Zurich, au Caire ou à Kinshasa auront autant d’importance que les buts marqués par les Léopards.

Views: 2

nzadinews.net

GRATUIT
VOIR