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Afrique du Sud : la crise migratoire devient un test diplomatique pour la SADC

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À Durban, le sommet de la SADC s’ouvre sous la pression d’une crise migratoire qui oppose Pretoria à plusieurs capitales africaines, après des départs massifs et des violences visant des étrangers.

Afrique du Sud : la crise migratoire devient un test diplomatique pour la SADC
VOA / Arsène Séverin — Public domain — Wikimedia Commons
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À quatre jours du sommet des chefs d’État de la SADC à Durban, l’Afrique du Sud arrive avec un dossier explosif sur la table régionale : la migration. Pretoria demande désormais à plusieurs gouvernements africains de contribuer aux frais de rapatriement de leurs ressortissants, après des semaines de manifestations anti migrants, de violences signalées et de départs massifs. Pour la RDC, membre de la SADC et pays dont de nombreux citoyens circulent, étudient ou commercent en Afrique australe, cette crise dépasse le débat intérieur sud africain. Elle touche à la protection des Africains en mobilité, à la diplomatie consulaire et à l’idée même d’intégration régionale.

Pretoria réclame le remboursement des rapatriements

Le dernier tournant est financier autant que politique. Selon des responsables sud africains cités cette semaine, le ministère des Affaires étrangères a adressé des demandes écrites de compensation au Malawi, à l’Éthiopie et au Nigeria. Le gouvernement affirme avoir dépensé près de 18 millions de dollars pour héberger, transporter et encadrer des migrants ayant quitté le territoire, entre centres temporaires, bus et heures supplémentaires du personnel public.

Le ministère sud africain de l’Intérieur avance le chiffre de 82 875 personnes volontairement rapatriées ou expulsées depuis le début des tensions. Les autorités des pays d’origine donnent, elles, une estimation bien plus élevée : environ 178 000 départs, dont plus de 115 000 retours vers le Zimbabwe et plus de 56 000 vers le Malawi depuis la fin mai. Cette différence de comptage illustre déjà une difficulté majeure : les retours mêlent expulsions formelles, départs volontaires sous pression et évacuations organisées par certains États.

Pretoria présente ces dépenses comme imprévues et inévitables. Mais la demande de remboursement risque d’irriter des capitales qui estiment d’abord avoir dû protéger leurs ressortissants. Le Nigeria, le Ghana et le Malawi ont déjà rapatrié des citoyens et convoqué des diplomates sud africains après des incidents signalés. La question n’est donc plus seulement administrative. Elle devient un bras de fer sur les responsabilités : qui doit payer lorsque la mobilité régionale se transforme en crise sécuritaire et humanitaire ?

Des manifestations qui ont fait monter la tension

La séquence actuelle s’est cristallisée autour des manifestations nationales du 30 juin, annoncées par des groupes hostiles à l’immigration irrégulière comme une date limite pour le départ des étrangers sans papiers. Le gouvernement sud africain a salué le caractère globalement pacifique des marches, tout en reconnaissant des incidents isolés de pillage ou de tentative de pillage. Des organisations de défense des droits et plusieurs gouvernements africains rapportent toutefois des menaces, attaques et destructions de biens visant des étrangers, y compris des personnes en situation régulière.

Le débat s’alimente d’un malaise social profond. Les groupes anti immigration accusent les migrants de peser sur l’emploi, la criminalité et les services publics dans une économie marquée par un chômage élevé. Le président Cyril Ramaphosa a reconnu la nécessité de mieux appliquer la loi migratoire, mais il a également mis en garde contre la xénophobie et rappelé que les préoccupations légitimes sur l’immigration irrégulière ne devaient pas devenir une hostilité contre les Africains.

Les accusations de violences restent sensibles et parfois contestées. Le Nigeria a déclaré que deux de ses ressortissants avaient été tués fin juin en Afrique du Sud. Le Mozambique a aussi fait état de morts parmi ses citoyens. Pretoria conteste une partie des chiffres et affirme que certains décès relèvent d’affaires criminelles distinctes, encore en enquête. Cette divergence rend indispensable une clarification crédible, faute de quoi les rumeurs continueront d’enflammer les opinions publiques.

L’Union africaine entre solidarité et prudence

Le Ghana pousse depuis plusieurs semaines pour que les violences qualifiées de xénophobes soient discutées au niveau continental. La présidence ghanéenne affirme que le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a reconnu la nécessité d’aborder les attaques visant des ressortissants étrangers en Afrique du Sud lors d’un prochain sommet. Accra estime que le silence affaiblirait la solidarité africaine et les efforts d’intégration.

Mais Pretoria refuse d’être isolée comme seul accusé. Le ministère sud africain des Relations internationales juge regrettable l’escalade vers l’Union africaine et plaide pour un débat plus large sur les causes de la migration : conflits, pauvreté, stagnation économique, inégalités régionales et faiblesses des contrôles frontaliers. Selon cette ligne, l’Afrique du Sud ne nie pas le problème, mais veut le replacer dans une responsabilité partagée.

L’Union africaine marche donc sur une ligne étroite. Si elle traite le dossier uniquement comme une crise sud africaine, elle risque de braquer Pretoria. Si elle l’élargit trop, les pays dont les ressortissants ont été attaqués pourront y voir une dilution des responsabilités. Le compromis pourrait venir d’un mécanisme de dialogue sur la migration intra africaine, assorti d’engagements concrets sur la protection des personnes, l’échange d’informations consulaires et la lutte contre les discours de haine.

Durban, premier test régional

Le sommet ordinaire de la SADC est prévu le 17 août au Centre international des conférences de Durban, sous le thème de l’industrialisation inclusive, des infrastructures, de l’agriculture et des minéraux critiques. Officiellement, la migration n’est pas le thème central. Dans les faits, elle sera difficile à ignorer. Le Malawi, le Mozambique, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud sont directement concernés par les retours massifs. La RDC, elle aussi membre de la SADC, a intérêt à suivre de près les décisions qui pourraient influencer la circulation, le commerce et le traitement des étrangers dans la région.

Pour les Congolais, l’enjeu est concret. L’Afrique australe est un espace de transit, d’études, de soins, d’affaires et d’emploi. Quand les tensions migratoires montent, les familles cherchent des garanties : accès aux consulats, documents en règle, sécurité dans les quartiers populaires, possibilité de récupérer des biens ou de rentrer dignement en cas de crise. Kinshasa devra donc lire ce dossier non comme une affaire lointaine, mais comme un signal sur la protection de ses ressortissants dans l’espace régional.

La crise sud africaine rappelle enfin une contradiction africaine : les États promettent l’intégration, mais leurs populations se heurtent encore aux frontières sociales, économiques et parfois violentes. Durban ne réglera pas tout. Mais si la SADC parvient à ouvrir une discussion sérieuse, factuelle et moins accusatoire, elle évitera que la migration devienne un nouveau facteur de fracture entre pays africains.

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