Combien la RDC peut elle réellement attendre de ses grands gisements de cuivre et de cobalt d’ici 2030 ? La réponse la plus récente et la plus chiffrée vient d’une modélisation fiscale publiée par l’ITIE RDC en février 2026 et commentée par le Secrétariat international de l’ITIE en mai : quatre projets miniers, Kamoto, Commus, Metalkol et Somidez, pourraient générer environ 7,9 milliards de dollars de recettes publiques entre 2026 et 2030 dans un scénario médian. Mais le même dossier montre que ce montant n’est pas une promesse de caisse. Il dépend des prix mondiaux, de la valorisation du cobalt, de la qualité des déclarations, du contrôle des coûts et de la capacité de l’État à faire parler ensemble les Mines, les Finances, les Douanes, la BCC, l’ITIE et les provinces minières.
Pourquoi ces quatre projets pèsent ils autant dans les comptes publics ?
Le choix de Kamoto, Commus, Metalkol et Somidez n’est pas anodin. Ces opérations sont situées dans l’arc cuprifère du sud du pays, entre le Lualaba et le Haut Katanga, là où se concentrent les grandes chaînes industrielles du cuivre et du cobalt. Selon l’ITIE, elles représentent ensemble environ 40 % des recettes minières du gouvernement. Autrement dit, une partie importante du budget national, des transferts aux provinces, de la redevance minière et des revenus captés par certaines entreprises publiques dépend d’un petit nombre de sites industriels.
La modélisation attribuée au Groupe multipartite de l’ITIE RDC, avec l’appui financier de la Belgique et un travail technique de Koinon Consulting, part d’une question simple : les recettes encaissées correspondent elles au potentiel économique des projets ? Pour y répondre, elle utilise une approche de type FARI, un modèle d’analyse fiscale des industries extractives associé aux travaux du FMI. Les résultats indiquent que ces quatre projets ont déjà généré environ 6,2 milliards de dollars de recettes publiques à ce jour et pourraient rapporter 7,9 milliards de dollars supplémentaires sur 2026 2030, si les prix, la production et l’application du régime fiscal évoluent comme dans le scénario central.
La prudence est essentielle. Dans un scénario moins favorable, les recettes attendues sur cinq ans tomberaient autour de 4,7 milliards de dollars. Dans un environnement de prix plus porteur, elles pourraient monter jusqu’à 12 milliards. Cet écart de plus de 7 milliards de dollars résume le dilemme congolais : les mines soutiennent l’économie, mais elles ne donnent pas à l’État une trajectoire budgétaire stable tant que les hypothèses de prix et les mécanismes de contrôle restent fragiles.
Que disent les chiffres récents sur la dépendance minière ?
Le rapport ITIE 2023, publié fin 2025, donne le point de départ. Les revenus du secteur extractif y sont évalués à 5,846 milliards de dollars pour l’exercice 2023, dont 5,612 milliards pour le secteur minier et 234 millions pour le pétrole. C’est moins qu’en 2022, où les revenus extractifs atteignaient 7,367 milliards de dollars. La baisse, chiffrée à 1,520 milliard de dollars, représente 20,65 %.
La chute ne vient pas d’un arrêt de la production. Au contraire, la BCC et l’ITIE retiennent pour 2023 une production de cuivre de 2 842 022 tonnes et de cobalt de 139 838 tonnes. Pour le cobalt, le contraste est brutal : le volume a progressé d’environ 25,8 % par rapport à 2022, mais le cours mondial moyen a chuté de près de moitié, faisant reculer la valeur des exportations. Le rapport ITIE insiste sur cet effet ciseau : produire plus ne suffit pas lorsque le prix du minerai s’effondre et que les coûts d’énergie, de transport et d’intrants pèsent sur les marges imposables.
Cette dépendance est confirmée par les institutions internationales. L’USGS classe la RDC, en 2024, comme premier producteur mondial de cobalt, avec environ 75 % de la production mondiale, et comme acteur majeur du cuivre. La Banque mondiale estime que la croissance congolaise de 2025 est restée portée par l’extractif, même si la production minière s’est modérée. Le FMI, dans sa revue de juin 2026, lie aussi la solidité extérieure récente du pays aux exportations minières et aux termes de l’échange favorables.
Où l’argent devrait il produire des effets visibles ?
Pour un ménage de Kolwezi, Fungurume, Likasi ou Lubumbashi, l’enjeu ne se résume pas à un tableau en dollars. Le Code minier révisé a prévu une répartition de la redevance minière entre le Trésor, les provinces, les entités territoriales décentralisées et le Fonds minier pour les générations futures. Dans les données ITIE 2023, la quote part des entités territoriales décentralisées du secteur minier atteint environ 165 millions de dollars, tandis que le FOMIN reçoit près de 120 millions de dollars. La Direction des recettes du Lualaba apparaît aussi parmi les principaux bénéficiaires infranationaux, devant celle du Haut Katanga.
Ces montants devraient, en théorie, financer des routes locales, des écoles, des centres de santé, l’assainissement, l’eau potable ou la réparation des dégâts environnementaux. C’est ici que le dossier devient concret : si les projections de 2026 2030 se réalisent, les provinces minières auront davantage d’arguments pour réclamer une exécution transparente des transferts et des dotations. Si elles ne se réalisent pas, les communes et chefferies minières risquent de voir les attentes sociales grandir plus vite que les ressources disponibles.
La Banque mondiale rappelle en parallèle que la pauvreté reste très élevée en RDC et que les emplois directs du secteur minier demeurent limités par rapport aux besoins nationaux. La richesse extraite du sous sol ne devient donc un bénéfice social que si les recettes sont bien collectées, budgétisées, contrôlées et transformées en services publics.
Le risque le plus sensible : la valeur réelle du cobalt
Le point le plus technique du rapport ITIE est peut être le plus politique. L’étude identifie une valeur à risque liée à la manière dont le cobalt est valorisé et commercialisé. Selon l’ITIE, l’incertitude sur ce seul paramètre pourrait affecter jusqu’à 7 milliards de dollars de recettes projetées sur la durée restante des mines. Ce chiffre ne signifie pas que 7 milliards ont déjà été perdus. Il indique que la base imposable peut fortement varier selon les prix réalisés, les teneurs déclarées, les contrats de vente, les décotes appliquées et les modalités de commercialisation.
Le rapport ITIE 2023 relève aussi des écarts importants entre certaines déclarations d’entreprises, les statistiques de la CTCPM, les données douanières et les séries de la BCC. Pour publier les volumes et valeurs agrégés, l’ITIE explique avoir retenu les statistiques de la Banque centrale en raison d’incohérences entre sources officielles. Cette situation n’est pas seulement un problème de statisticiens. Si l’administration ne maîtrise pas les volumes, les teneurs, les prix et les destinations, elle contrôle moins bien l’impôt sur les bénéfices, la redevance minière, les droits d’exportation et les recettes des provinces.
L’analyse rédactionnelle est claire : le Code minier peut être solide sur le papier, mais son rendement réel dépend d’outils très pratiques, laboratoires d’analyse fiables, ponts bascules, données douanières interconnectées, accès aux contrats, contrôle des prix de transfert et équipes capables de comparer les déclarations des entreprises avec des modèles fiscaux indépendants.
Pourquoi ce dossier compte pour le budget 2026 2030 ?
Le FMI souligne que les recettes fortes et les prix favorables aident la RDC à absorber une partie des pressions budgétaires, notamment celles liées à la sécurité. Mais l’institution insiste aussi sur la discipline fiscale, la mobilisation des recettes intérieures et l’utilisation efficace des ressources publiques. Le message rejoint celui de l’ITIE : le potentiel minier ne dispense pas l’État de mieux prévoir, mieux contrôler et mieux expliquer.
Pour Kinshasa, le dossier Kamoto Commus Metalkol Somidez devrait donc servir de test. Premièrement, intégrer la modélisation fiscale dans la préparation budgétaire, afin d’éviter de construire des dépenses permanentes sur des recettes incertaines. Deuxièmement, publier plus vite les données par projet, par flux et par bénéficiaire public. Troisièmement, rendre lisible, dans le Lualaba et le Haut Katanga, ce qui revient réellement aux provinces, aux ETD, au FOMIN et aux entreprises publiques comme la Gécamines.
Le chiffre de 7,9 milliards de dollars attire l’attention. Mais la vraie information est ailleurs : entre 2026 et 2030, la RDC n’a pas seulement à produire davantage de cuivre et de cobalt. Elle doit prouver que chaque tonne déclarée, chaque prix retenu et chaque dollar dû au Trésor ou aux communautés minières peuvent être suivis. C’est à cette condition que les recettes minières sortiront des rapports pour devenir des routes, de l’électricité, des salaires, des soins et une confiance publique moins fragile.
Rédaction NZADI News
Article préparé avec une assistance automatisée, puis soumis aux contrôles éditoriaux de NZADI News : recoupement des sources, vérification des faits, contexte congolais et relecture de cohérence.

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