À Rabat, la CAN féminine 2026 s’apprête à livrer dimanche 16 août une finale inattendue entre le Malawi et le Cameroun. À Kinshasa, Lubumbashi ou Goma, l’affiche se regarde avec un mélange de curiosité et de frustration : les Léopards dames ont quitté la route marocaine sur un but encaissé dans les arrêts de jeu contre l’Afrique du Sud. Cette fin cruelle n’efface pas une évidence : le football féminin africain change vite, et la RDC ne peut plus se contenter d’observer.
Une finale qui sort du scénario attendu
Le tournoi marocain devait offrir un nouvel épisode de la domination des puissances installées. Le Nigeria, champion en titre et référence historique, avançait avec son statut. Le Maroc, pays hôte, portait l’ambition d’aller au bout devant son public. Pourtant, à la veille de la finale, ce sont les Scorchers du Malawi et les Lionnes indomptables du Cameroun qui occupent la scène principale.
La Confédération africaine de football avait programmé la finale le dimanche 16 août à 20h00 à Rabat, après une édition élargie à seize équipes, disputée entre Rabat et Casablanca. Ce changement de format a donné davantage d’espace aux nations émergentes. Le Malawi, pour sa première participation à la phase finale, a saisi cette ouverture avec une efficacité rare. Le Cameroun, plus habitué aux joutes continentales, retrouve une finale qui lui offre une nouvelle chance de convertir son poids historique en titre.
Selon la presse malawite, le groupe de Lovemore Fazili aborde ce rendez-vous sans crispation, porté par Tabitha Chawinga et Temwa Chawinga. Le parcours est solide : victoire contre le Nigeria, succès contre l’Égypte, passage face au Ghana, puis qualification contre l’Algérie. En face, le Cameroun a écarté le Nigeria en quart de finale avant de faire tomber le Maroc aux tirs au but après un match fermé. L’affiche a donc une valeur sportive nette : elle récompense deux équipes capables de tenir dans les moments de tension.
Les sœurs Chawinga changent l’échelle du Malawi
Le Malawi n’est pas arrivé en finale par accident. Sa force vient d’un mélange simple : une équipe compacte, une confiance qui a grandi match après match et deux attaquantes de dimension internationale. Temwa Chawinga figure parmi les meilleures buteuses de la compétition avec cinq réalisations, tandis que Tabitha Chawinga suit de près avec quatre buts. La première apporte puissance et vitesse, la seconde expérience et sens du dernier geste.
Cette dynamique dépasse la question du trophée. En atteignant le dernier carré, le Malawi a obtenu son billet pour la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil. Pour un pays qui découvrait la CAN féminine, le saut est considérable. Les primes, l’exposition médiatique, l’intérêt des clubs étrangers et l’enthousiasme populaire peuvent transformer la place du football féminin dans un pays où les moyens restent limités.
Le Cameroun, lui, avance avec un autre bagage. Les Lionnes indomptables ont déjà connu la Coupe du monde féminine et les finales africaines. Elles disposent d’une mémoire de compétition plus longue et d’une défense qui a su résister sous pression. C’est ce contraste qui rend la finale intéressante : l’élan d’une équipe neuve contre la discipline d’une sélection rompue aux rendez-vous continentaux.
La RDC, éliminée d’un rien, doit lire le signal
Pour la RDC, cette CAN féminine a un goût particulier. Les Léopards dames n’étaient pas loin. Après le nul 1-1 à l’aller contre l’Afrique du Sud, elles ont longtemps tenu au retour à Johannesburg avant de céder dans le temps additionnel sur un but de Thembi Kgatlana. L’Agence congolaise de presse et la CAF ont confirmé cette élimination au dernier tour des qualifications, sur un score cumulé de 2-1 en faveur des Banyana Banyana.
Ce détail compte. La RDC n’a pas été balayée ; elle a été sortie par une sélection sud-africaine structurée, habituée aux grands tournois. Mais le football ne récompense pas seulement la résistance. Il exige un championnat régulier, des clubs mieux encadrés, des entraîneurs formés, une détection plus fine dans les provinces et une préparation internationale cohérente. C’est là que le cas malawite devient utile : une équipe qui semblait loin du sommet peut basculer si elle possède quelques talents forts, un plan clair et une fédération capable de maintenir le groupe en activité.
Un enjeu concret pour le football congolais
La RDC a déjà des signaux encourageants. Le TP Mazembe féminin a montré qu’un club congolais pouvait rivaliser au niveau africain. Des joueuses comme Ruth Kipoyi ont rappelé, pendant les qualifications, que le pays ne manque pas de qualités individuelles. Le problème est moins l’existence du talent que son passage vers le haut niveau : terrains disponibles, soins, nutrition, encadrement, compétitions visibles et passerelles vers les clubs professionnels.
La finale Malawi-Cameroun arrive donc comme un message. Le football féminin africain n’est plus réservé à quelques fédérations historiques. Les places à la Coupe du monde, l’attention des diffuseurs et l’investissement des clubs modifient la hiérarchie. Pour les jeunes Congolaises qui jouent à Kinshasa, au Kongo Central, dans le Haut-Katanga ou dans l’Est, l’idée d’une carrière devient moins abstraite lorsque des équipes proches du contexte africain se frayent un chemin jusqu’au sommet.
Dimanche soir, Rabat couronnera soit une première historique pour le Malawi, soit une consécration longtemps cherchée par le Cameroun. Pour la RDC, l’essentiel se jouera ensuite : transformer la frustration d’octobre 2025 en méthode, afin que la prochaine grande compétition ne soit pas seulement un spectacle suivi à distance, mais un rendez-vous disputé sur le terrain.
Views: 17
