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RDC : à Mambasa, la menace ADF met à l’épreuve la riposte régionale

Une attaque meurtrière attribuée aux ADF a de nouveau frappé Mambasa, en Ituri. Le drame relance la pression sur la coordination sécuritaire annoncée par Kinshasa pour l’Est et le Nord Est.

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RDC : à Mambasa, la menace ADF met à l’épreuve la riposte régionale

Une nouvelle attaque attribuée aux Forces démocratiques alliées a endeuillé Banana École, dans la périphérie de Mambasa, en Ituri, le 8 août 2026. Le bilan provisoire rapporté par la société civile locale et relayé par l’agence Associated Press fait état d’au moins treize civils tués, avec des maisons incendiées et des biens pillés. Une semaine plus tard, ce drame confirme une tendance lourde : Mambasa n’est plus seulement une zone de passage ou de repli pour les assaillants. Le territoire est devenu l’un des points de pression les plus sensibles de la crise sécuritaire dans l’Est congolais, au moment où le gouvernement tente d’élargir la riposte à plusieurs provinces.

Un bilan provisoire dans une zone difficile d’accès

L’attaque de Banana École s’est produite tôt dans la journée du 8 août, dans un secteur proche du chef lieu territorial de Mambasa. Les informations disponibles restent prudentes, car les recherches se poursuivaient dans les villages environnants et plusieurs habitants ne répondaient plus aux appels de leurs proches. Les sources locales citées par l’Associated Press attribuent l’incursion aux ADF, en raison du mode opératoire : attaque rapide, ciblage de civils, pillage, incendies et dispersion dans la brousse.

La prudence s’impose sur le bilan définitif. Dans cette partie de l’Ituri, les chiffres évoluent souvent au fil de la récupération des corps, du retour des familles cachées en forêt et de la vérification par les autorités locales. Mais l’ampleur du choc est déjà visible. Les habitants de Mambasa vivent avec la peur d’une répétition des incursions, tandis que les axes ruraux deviennent de plus en plus risqués pour les cultivateurs, les commerçants, les déplacés et les agents humanitaires.

Mambasa, nouveau foyer d’une crise qui s’étend

Depuis plusieurs mois, le territoire de Mambasa connaît une intensification des attaques attribuées aux ADF. Actualité.cd rapportait fin juillet, sur la base d’alertes de la société civile, plus de 190 civils tués depuis le début de l’année dans la chefferie de Babila Babombi. Radio Okapi signalait de son côté, début juillet, plus de 80 000 déplacés sans assistance suffisante dans le territoire, la majorité ayant fui des localités comme Babesua, Muchacha, Bafwakoa, Salate, Tépé, Itembo ou Badengaido.

Cette pression sécuritaire désorganise la vie ordinaire. Dans plusieurs villages, les familles ne cultivent plus régulièrement leurs champs. Les marchés se vident ou fonctionnent au ralenti. Les écoles, déjà fragilisées par les déplacements, peinent à reprendre. À Mambasa centre et à Niania, les familles d’accueil absorbent une partie du choc, mais leurs propres ressources s’épuisent. Le risque n’est donc pas seulement militaire. Il est alimentaire, scolaire, sanitaire et économique.

Une riposte que Kinshasa veut élargir

Face à cette extension de la menace, les autorités congolaises ont réuni à Kisangani, début juillet, des responsables politiques, administratifs, militaires et de renseignement de cinq provinces : Ituri, Nord Kivu, Tshopo, Haut Uele et Bas Uele. L’objectif annoncé était d’élaborer une réponse plus coordonnée contre les ADF, dont les mouvements ne se limitent plus aux zones traditionnelles de Beni et d’Irumu.

Cette approche régionale répond à une difficulté concrète. Les ADF profitent des limites administratives, des forêts, des anciennes pistes minières et de la dispersion des unités pour se déplacer, frapper puis se reconstituer ailleurs. Les opérations conjointes menées par les FARDC et l’armée ougandaise dans le cadre de Shujaa ont affaibli certains réseaux, mais elles n’ont pas empêché la poursuite des massacres. Dans un rapport transmis au Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l’ONU relevait déjà que les attaques des ADF contre les civils s’étaient intensifiées malgré la pression militaire et les efforts de la MONUSCO.

Le défi, pour Kinshasa, est donc double : maintenir la traque armée sans laisser les villages sans protection, et renforcer le renseignement local sans exposer les civils à des représailles. Dans les zones touchées, les alertes de la population sont fréquentes, mais les réponses arrivent souvent trop tard ou se heurtent à la distance, au mauvais état des routes et au manque de moyens de communication.

Des conséquences immédiates pour les civils

Pour les habitants, la sécurité se mesure d’abord à la possibilité de dormir au village, d’ouvrir une boutique, d’envoyer les enfants à l’école ou de retourner au champ sans escorte. Chaque attaque réduit cet espace de vie. Elle pousse de nouveaux ménages vers les centres urbains, accroît le prix des vivres, fragilise les familles hôtes et complique l’accès aux soins.

La situation de Mambasa montre aussi que la guerre dans l’Est ne se résume pas au front de l’AFC M23. Pendant que l’attention diplomatique reste concentrée sur le Nord Kivu et le Sud Kivu, les ADF continuent de frapper l’Ituri et le Grand Nord. Cette superposition des crises oblige l’État à répartir ses forces sur plusieurs fronts, au risque de laisser des poches rurales dans une protection intermittente.

L’attaque de Banana École intervient ainsi comme un test pour la nouvelle coordination annoncée à Kisangani. Les prochains jours diront si cette coordination se traduit par davantage de patrouilles, une meilleure circulation des renseignements, une sécurisation des axes et une assistance plus rapide aux déplacés. Pour les populations de Mambasa, l’urgence est plus simple : que les routes rouvrent, que les champs redeviennent accessibles et que les villages cessent d’attendre la prochaine alerte dans la peur.

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